La « Tierra del Fuego », « el fin del mundo »

Ici, sur ce bout de Terre, la nature règne en maître, entre plaines désolées, tourbières, forêts de nothofagus, lacs aux eaux limpides et sommets enneigés. Malgré la distance et l’isolement, la terre de feu n’est en rien coupée du continent. Ici, un négoce actif garantit l’animation des ports et les rafineries de pétroles prospèrent. Partagé entre l’Argentine et le Chili, l’archipel se compose d’une grande île argentino-chilienne, l’isla Grande de Tierra del fuego, de l’île chilienne de Navarino et d’inombrables îlots inhabités.

A notre sortie du bac, nous sommes surpris de retrouver dans un premier temps le même paysage un peu plat et désertique de la pampa argentine. Légère déception…
Nous décidons de faire une halte douche dans la ville de Cerro Sombrero (référencées sur ioverlander comme paradisiaques). Quel bonheur ! Douches gratuites, spacieuses, chauffées et ultra propres. Effectivement, le paradis des voyageurs. Nos meilleures douches depuis le début du voyage. Eh oui, il faut dire que depuis trois mois, on retrouve les plaisirs simples de la vie.
Régénérés par notre douche, nous décidons de poursuivre un peu plus notre route et de bivouaquer plus loin. Ils annoncent beaucoup de vents demain et rouler par grand vent est toujours fatigant et désagréable. Notre séjour au Chili sera donc plutôt bref, à peine 24 heures et nous revoilà à nouveau à la frontière pour un nouveau périple en Argentine

Les paysages du côté argentin de la Terre de feu commencent à changer. Ils deviennent plus variés que ceux de la Patagonie : l’herbe des pâturages vallonnés semble plus dense et plus grasse. De nombreux ruisseaux serpentent au milieu de troupeaux de vaches (plutôt rare en Patagonie) ou de moutons qui paissent paisiblement…

 

La Ruta 3, que l’on récupère à peine la frontière chilienne passée, nous parait du coup beaucoup moins monotone !! On commence même à voir des arbres complètement dénudés ….mais quand même des arbres.

 

Nous arrivons à Rio Grande. Un parc commémoratif de la guerre des Malouines ainsi que des chars et des avions ayant combattus pendant cette guerre sont mis en avant à l’entrée de la ville. Depuis quelques temps, nous voyons fréquemment des panneaux indiquant « las Malvinas son argentinas » (les Malouines sont argentines).

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Malgré le fait que les Malouines soient officiellement britanniques depuis 1982 suite à la défaite des Argentins lors de la guerre des Malouines (72 jours de conflit durant lesquels périrent 230 Britanniques et plus de 700 Argentins) et malgré le résultat du referendum de 2013 aux Malouines où 99% des votants ont apporté leur suffrage au Royaume Uni, l’Argentine continue de revendiquer ce petit archipel de l’océan Atlantique situé à la latitude de Rio Gallegos.
Notre séjour à Rio Grande sera plus court que prévu étant donné que nous essuyons un nouveau refus pour le contrôle technique. Le garagiste est débordé et ne peut nous prendre que dans trois jours. Par contre, la sympathie sud-américaine fonctionne une fois encore et le garagiste passe quelques coups de fil et nous trouve un créneau au garage ivéco d’Ushuaïa.

C’est sous la pluie que nous reprenons la route en direction d’Ushuaia, la ville la plus australe du monde (si on exclut port Williams encore plus au sud).. Quelques kilomètres avant la ville de Tolhuin, nous commençons à apercevoir des arbres et à deviner des montagnes se découpant à l’horizon… Quel bonheur après ces milliers de kilomètres de Patagonie plane et pelée !!

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La portion de Ruta 3 qui y mène passée Tolhuin est splendide : elle longe tout d’abord une partie du lac kami puis commence à serpenter sur les flancs de l’extrémité australe de la Cordillère des Andes. Et soudain au détour d’un virage, voilà UshuaÏa : Sensation grisante d’atteindre le bout du bout, « el fin del mondo » comme elle se prénomme ici.

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La ville est perchée sur une colline escarpée (un ptit air de San Francisco parfois), entourée par le Cerro Martial et le canal de Beagle. Nous flânons un peu dans les rues et sur le port histoire de nous imprégner de l’atmosphère des lieux puis nous nous rendons à contre cœur au garage.

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Le garagiste passera l’après-midi à faire les changements de filtres et diverses vérifications. Nous revenons à nouveau le lendemain au garage pour que Franck refasse certains joints d’étanchéité car le camping-car fuit à nouveau au niveau de l’une des fenêtres.

L’entretien de Rainbow fini, nous partons pour l’après-midi faire une ascension jusqu’au glacier Martial, l’occasion de faire une belle petite grimpette (8 kilomètres avec près de 300 mètres de dénivelé positif) au milieu des Nothofagus , la seule famille d’arbres représentée dans les forêts de la Terre de feu. 2 espèces principales peuvent y être observées : les Lenga aux feuilles caduques et au feuillage rougeoyant en automne et les Guindo aux feuilles persistantes qui restent vertes en toute saison.

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Les enfants sont ravis de pouvoir toucher et glisser sur la neige trouvée ça et là.

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En arrivant au glacier, nous savourons la vue sur Ushuaïa, le canal de Beagle et les montagnes chiliennes.

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Le lendemain, nous partons pour le Parque Nacional Tierra del Fuego. Ce parc s’étend sur 630km2 du canal de Beagle, au sud, et au-delà du Lago Fagnano au nord.
Pour notre premier jour dans le parc, nous optons pour la balade du senda costera qui dure 4 heures. Ce sentier longe le littoral tantôt en bordure d’eau, tantôt en s’enfonçant légèrement dans la forêt. Les paysages sur les sommets voisins sont un vrai régal.

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La forêt ici est étonnante. De nombreux arbres morts jonchent les alentours du chemin. Les argentins considèrent qu’il est bien de laisser la forêt se gérer seule.  Les arbres tombés demeurent donc là où ils sont et deviennent une maison idéale pour certains habitants de la forêt.

 

 

Autre chose surprenante, ce sont les Cyttarias, sorte de champignons parasites comestibles qui se développent sur les branches des nothofagus…. Un air de noël avant l’heure. Pour contrer ces parasites, l’arbre fait des nœuds au niveau de l’implantation des champignons. Certaines de ces protubérances peuvent mesurer jusqu’à 1m de diamètre…

 

Les enfants sont très motivés puisque les copains sont de la partie et nous devons souvent leur rappeler que notre énergie n’est pas la même que la leur. Avec les vananous et les voyagesavecenfants qui nous rejoignent entre temps pour le pique-nique, ce sont 7 enfants qui caracolent joyeusement.

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Cours de musique avec les queues de pissenlits.

 

Apéro, soirée et nuit près d’une jolie rivière. L’occasion pour les enfants de se détendre, de faire des bouquets de fleurs et d’observer la vie animale au gré des envies.

 

Pour nous, encore de nouvelles rencontres avec de jeunes français en sac à dos que l’on dépannera d’un tube d’anti-moustique et de cyclistes retraités dans une forme olympique. On est fan de toutes ces rencontres et des histoires qui amène chacun à s’échapper à des milliers de kilomètres de son foyer. Certains voyageurs vendent même tous leurs biens et partent sans but défini sur les sentiers du monde à la recherche d’une autre vie dont ils ne maîtrisent au départ ni les tenants ni les aboutissants.

Le lendemain, nous convenons avec les amis de faire le senda Hito XXIV. Nous sommes nombreux ce jour puisqu’en plus des deux autres familles, nous sommes aussi avec nos amis retraités. Un petit air de voyage organisé.

 

Le sentier de 10 km est plat et longe une rive boisée du lago Roca. Il mène jusqu’à une balise qui indique la frontière argento chilienne.

 

En tant que bon français, nous prenons plaisir à traverser illégalement la frontière et à manger côté chilien. Ca amuse les enfants de jouer au douanier et de sauter un coup du côté chilien et un coup du côté argentin.

 

Vendredi, nous partons arpenter tout un réseau de petits sentiers. Tout d’abord le Paseo de la isla qui nous permet de longer un temps des petits lacs et la ravissante laguna Verde.

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Puis, nous partons direction le sentier de la laguna negra, 1km de traversée dans les bois menant à une lagune aux eaux tirant vers le noir.

 

Le sentier de la Castorera où nous voyons des barrages de castors qui donnent à la forêt un air décharné et chaotique. Les castors sont ici un véritable fléau et les fuégains luttent activement contre leur présence en les éradiquant. Les castors qui ont été introduit ici il y a plusieurs années ont proliféré. Ils détruisent la forêt, modifient les passages de cours d’eau pour construire leurs habitats. Ils peuvent couper un arbre de 400 ans en 4 jours. C’est un véritable désastre écologique.

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Nous finissons par la balade qui mène au mirador de la Bahia Lapataia.  Nous sommes au bout du bout de la Ruta 3.

 

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Les oies de Magellan

 

Retour à Ushuaia. Nous en profitons pour nous balader dans la ville, regarder le remolcador st Christopher, bateau qui fit naufrage et qui est devenu un des emblèmes de la ville.

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Séance photos

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Puis nous nous dirigeons vers le musée maritime et le musée du président.
Ces deux musées en un sont situés dans un ancien bagne. La vie pénitentiaire est retracée ici avec pas mal de réalisme. Les enfants ont plutôt bien aimé ce musée que nous avons mis 2h30 à explorer.

 

Pour conclure notre séjour, nous nous offrons un ptit resto pour tester la spécialité locale, les centollas (araignées de mer). On se régale.

 

Ca y est, nous quittons Ushuaia. Une nouvelle page se referme. Nous en profitons pour faire la randonnée laguna Esmeralda qui est sur notre chemin. Un de nos coups de cœur. Cette randonnée de 4 heures passe en première partie dans la forêt.

 

Nous y rencontrons un renard gris plutôt téméraire.

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Nous débouchons ensuite dans une clairière où serpente une jolie rivière. Ici encore, les castors sévissent et font de nombreux dégâts mais nous ne pouvons nous empêcher d’être admiratifs devant tant d’ingéniosité.

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Nous traversons aussi des zones plus marécageuses : les tourbières. Les enfants s’amusent à marcher sur ces éponges qui s’enfoncent. Ca se transforme parfois en véritable parcours du combattant.

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Après une petite ascension, la lagune se dessine devant nous. Endroit rêvé pour un pique-nique.

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Nous reprenons la route et faisons étape à la ville de Tolhuin, situé au bord du lac Kami (Fagnano). Ce lac de près d’une 100 aine de kilomètres de long, à cheval sur le Chili et l’Argentine ne gèle jamais.

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Pour faire plaisir aux enfants, nous nous arrêtons au camping Hain. Roberto, le propriétaire du camping est un as du recyclage et du bricolage. Il a fabriqué de nombreux tipis et autres constructions avec des chutes de bois. De nombreux arbres à bouteilles (en verre cette fois !) fleurissent le camping.

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De l’autre côté de la rue, il a conçu un parc de jeux pour les enfants entièrement fait avec des matériaux recyclés : palettes, filets de pêche, tubes de PVC, etc… à la grande joie des enfants qui ne voulaient plus en décoller ! Ici, ce n’est pas comme en France, les normes de sécurité sont plutôt cool. Lisa se fera d’ailleurs un bon trou dans le legging à cause d’un clou qui dépassait un peu trop d’une palette.

 

Pour rejoindre le continent,  nous reprenons le même chemin qu’à l’aller… avec une petite escale à Rio Grande pour la lessive et les courses, et une autre, côté chilien, à Onaisin, sur la Bahia Inutil, dans une prairie où une des rares colonies de manchots royaux (pinguinos rey), hors antarctique, a élu domicile depuis 2008 !!

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Après un passage tardif du bac à 21h30, nous sommes à nouveau sur le continent.

 

 

4 réflexions au sujet de « La « Tierra del Fuego », « el fin del mundo » »

  1. Un petit message de nous 5. Nous suivons votre blog avec plaisir et avons l’impression de partager votre aventure avec bonheur.
    Profitez à fond de ces merveilleux moments.
    Plein de bisous
    Alex Yann ethan Raph Zoe

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  2. C’est une joie de voir la mine ravie des enfants sur les photos. Merci beaucoup pour cette belle publication encore. Deo gratias pour la beauté :). Je vous souhaite un très joyeux Noël en avance. Nous serons avec Vivi et Jean-Michel en Belgique. Bisous, Manola

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  3. Coucou la famille. Toujours aussi enchantée de vous lire mais je commence a me dire de plus en plus que vous allez finir par vous y installer un de ces 4 dans ce bout du monde et ca ca m enchante beaucoup moins! Les loulous vont devenir des pros de la rando c est super. Il va falloir se prevoir des vacances a la montagne pour faire un tas de belles balades…. et si alex nous joue la carte du malade on le deposera au club mickey!
    Les forêts que vous traversez sont superbes elles croirait des forêts enchantées…. ca me donnerait envie de raconter un tas d histoires imaginaires pour faire avancer mes 2 grimpeurs…. ca marche toujours du tonnerre. Je vous embrasse bien fort.

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