Arequipa la blanche

Arequipa, fondée à la période coloniale est la deuxième ville du pays la plus peuplée après Lima avec ses 880 000 habitants. Cette ville, surnommée La cité blanche et située à 2 335 mètres d’altitude dans les Andes péruviennes, est une des plus jolies du Pérou. Entourée par 3 volcans,  c’est une ville coloniale qui regorge de bâtiments baroques construits dans une pierre volcanique blanche, le sillar- un matériau tendre, léger, thermique et résistant  qui résout les problèmes liés aux tremblements de terre  qui secouent souvent Arequipa
« La lune a oublié d’emporter la ville quand elle s’est séparée de la terre » disent les Arequipeños afin d’expliquer la blancheur de la ville.

Nous cherchons un stationnement pas très loin du centre historique d’Arequipa, classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco. Sur ioverlander, il y a un point assez proche qui semble sécurisé. Quelle chance, il y a de la  de la place. On stationne derrière deux petits vans chiliens. Deux enfants en sortent. On discute un peu avec la maman, une jolie femme très avenante et Clément se fait un nouveau copain pour jouer aux playmobils.

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Nous partons une heure plus tard appréhender l’atmosphère de la ville.
 Le volcan Misti qui culmine à 5 822 mètres d’altitude domine la ville en contre-bas. Il est toujours actif. C’est le 3e volcan le plus haut du monde et le 2e volcan actif le plus haut.

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Les volcans Chachani (6 075 mètres d’altitude) et Pichu Pichu (5 571 mètres d’altitude).

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Pour commencer notre visite d’Arequipa, direction la Plaza de Armas.
Cette place est élégante,  chaleureuse et pleine de vie avec ses palmiers, sa fontaine, ses bâtiments blancs sur arcades qui la bordent sur 3 côtés et les habitants et touristes qui se promènent dans les nombreuses rues piétonnes et petites cours intérieures ouvertes. L’ambiance est détendue et sympa et la température clémente sous le doux soleil qui réchauffe.
On n’hésite pas à s’engouffrer  et à se perdre dans de nombreux recoins.

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Le centre historique de la ville est classé depuis 2000, comme Patrimoine Culturel de l’Humanité par l’Unesco. En effet, Arequipa compte près de 500 belles demeures dont 250 sont classées. Ces demeures se caractérisent par des arcades semi-circulaires,  des toits voûtés et des balcons de style colonial.

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Une des belles demeures: La casa Tristan del Pozo

Construite en 1738, cette demeure abrita les cousins et cousines de Flora Tristan. Elle abrite désormais La banque BBVA.

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Le lendemain, le programme est chargé. Nous débutons les visites avec

le couvent Santa Catalina de Siena 

La ville possède en son centre, dans le quartier historique, le plus grand monastère au monde.
Avec ses 20 460m²,  le couvent Santa Catalina de Siena  est également le plus grand édifice religieux péruvien. Construit en tuf de lave blanche, c’est le monument qui exprime le mieux l’architecture coloniale d’Arequipa. Un imposant mur d’enceinte isole cette citadelle du reste de la ville. C’est « une véritable petite ville dans la ville » avec des rues, des maisons, des places » Ce magnifique monument a été restauré suite aux séismes de 1958 et 1960. Nous consacrons une demi-journée à la visite de ce petit bijou.

C’est en 1579, 40 ans après l’arrivée des premiers espagnols à Arequipa, que les Dominicain fondent ce lieu où des femmes d’origines sociales diverses mais généralement issues des grandes familles d’ascendance espagnole entrent au couvent, abandonnant leur famille à jamais. Le monastère pouvait accueillir des petites filles à partir de 5 ans, les parents payaient pour leur éducation.  A l’âge de 12 ans, soit on les donnait en mariage, soit les filles devenaient novices. Tout dépendait entièrement de la famille. En général, la fille aînée était donnée en mariage tandis que la deuxième devenait religieuse. Dans les deux cas, il fallait payer une dot assez conséquente à la communauté.

La vie des religieuses à Aréquipa

Les sœurs, issues de famille aisée, avaient chacune droit à leur propre maison avec chambre à coucher, cuisine et jardin intérieur. Elles étaient aussi autorisées à avoir jusqu’à 4 servantes et à organiser des réceptions dans leur maison. Les servantes vivaient au dessus des maisons des sœurs dans des conditions beaucoup plus sommaires. C’est ainsi que durant 4 siècles, 170 nones et leurs 300 servantes ont vécu ici.

La vie à l’intérieur de la communauté était en fonction de la dot qui coûtait environ 60.000 dollars. Ainsi, seules les sœurs ayant payé la dot en entier avaient droit de voter pour l’élection de la gouvernante et se faire élire également. Elles portaient alors un voile noir.
A l’heure actuelle, le monastère est encore occupé par 20 sœurs  mais dans une partie qui ne se visite pas. Elles vivent désormais depuis la fin du XIXe siècle en communauté (dortoir, réfectoire) et dans des conditions plus sommaires.

La visite commence par les parloirs, seul lieu où les religieuses pouvaient une heure par mois échanger avec le monde extérieur. Ce n’est que depuis la visite du Pape en 1985 qu’elles ont le droit de parler avec le monde extérieur et de sortir.

On traverse ensuite le patio du silence aux murs peints en bleu électrique et rouge sienne

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Au fond de celui-ci, se cache le cloître des novices orné de superbes fresques contant les litanies.

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Plus loin, le cloître des orangers …. tout simplement magnifique entièrement peint d’un bleu profond.

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Autour de ce cloître, nous visitons plusieurs cellules ou plutôt appartements composés de cuisine à ciel ouvert, cabinet d’aisance, salon (plus ou moins grand selon le rang de la nonne) et petit patio extérieur.

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Nous empruntons la rue Malaga, elle aussi comptant plusieurs cellules, chacune ayant au dessus de sa porte d’entrée le nom de la religieuse y habitant.

rue Tolédé

rue Grenade

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Le lavoir formé par des demi amphores disposées de part et d’autre d’un canal où les enfants ont aimé jouer à actionner le système d’ouverture et de fermeture de l’eau

La place Zocodober et sa fontaine

rue de séville

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Les cuisines communes

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Le réfectoire

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La salle réservée aux veillées funèbres

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Le cloître majeur

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D’ autre rues et recoins

Les jardins

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L’harmonie, et la sérénité  des lieux s’immisciront au plus profond de nous pendant ces 3 heures de visite. On se sent coupés du monde….hors du temps. Atmosphère singulière et apaisante… On a juste adoré cette parenthèse. On en a pris plein les yeux. L’architecture du couvent est … comment dire ?, à couper le souffle : des cours, des galeries, des jardins, des parterres de fleurs … ouah ! des murs d’un bleu profond d’un côté, couleur brique de l’autre, des rues paisibles. Après la plaza de armas c’est un deuxième gros coup de coeur!!!!

Ci joint un article paru dans « Le Monde » il y déjà a quelques temps –  qui résume mieux que je ne pourrai le faire l’histoire du couvent :

Extrait  « C’est un curieux « village » de femmes. Les noms des plus illustres d’entre elles, filles de l’aristocratie coloniale péruvienne et bolivienne, sont gravés au fronton de leurs anciennes demeures. La Casa de Manuela Ballon, celle de Maria Murtado, de Rosa Cardenas ou de Dolorès Llamosas se succèdent dans un camaïeu d’ocres jaunes ou bruns, de bleus indigo et de rouges foncés, au cœur d’Arequipa la Blanche : la plupart des édifices de la deuxième plus grande ville du Pérou sont taillés dans une pierre volcanique (le sillar) aussi immaculée que les neiges éternelles des trois hauts volcans qui l’encadrent.

Des hommes ont construit, à la fin du XVIe siècle, ce village dans la ville, vaste dédale de patios fleuris, de placettes aux fontaines gazouillantes et de rues sinueuses aux noms andalous (Séville, Grenade, Cordoue, etc.), mais aucun n’y a officiellement vécu. Car ce village, avec ses églises, chapelles et cloîtres, est un couvent, celui de Santa Catalina, l’un des plus anciens, des mieux conservés et des plus vastes du continent américain, puisqu’il couvre 20 400 m2. Il compta jusqu’à 500 pensionnaires. Aujourd’hui, une quarantaine de religieuses y occupent le quart de sa superficie, isolées du public, autorisé à visiter les lieux depuis 1970. Ces carmélites respectent les vœux de pauvreté et de silence qu’elles ont prononcés. Ce ne fut pas toujours le cas dans l’histoire de cette forteresse, où l’on remonte le temps jusqu’aux magnificences de l’ère coloniale.

La première bienfaitrice de ce couvent, doña Maria Alvarez de Carmona y Guzman, a été décrite comme « distinguée, jeune, veuve, joyeuse et intelligente » par les chroniqueurs de l’époque. Première supérieure des lieux, elle y attira sa fille, ainsi que les cadettes des meilleures familles de l’aristocratie espagnole, les aînées étant vouées à se marier. Elle exigea des novices une dot importante, en pièces d’or ou d’argent, mais les recluses pouvaient conserver leur train de vie et disposer d’une à quatre servantes ou esclaves chacune. Le réfectoire fut vite délaissé, de même que le dortoir, où chacune conservait un lit pour la forme. Et leurs »cellules » devinrent des maisonnettes, pieusement mais richement décorées. Une chambre pour la recluse, une autre pour ses servantes, un salon parfois, une courette, une cuisine extérieure, un jardinet.

L’un des logis les mieux conservés est celui de sœur Ana de Los Angeles Monteagudo, élue supérieure en 1648. Elle est la bienheureuse de ce couvent, béatifiée en 1985 par le pape Jean Paul II pour les miracles qui lui sont attribués. Après sa mort, les sœurs continuèrent de mener grand train derrière les hauts murs de la rue Santa Catalina. Au XIXe siècle, la Française Flora Tristan, avant qu’elle ne devienne radicalement féministe et révolutionnaire, fut tout étonnée du faste des lieux et de la légèreté de ses pensionnaires sans voile. Arrivée à Arequipa en 1833 dans l’espoir de récupérer auprès de sa famille paternelle une partie de l’héritage de son père, Mariano Tristan y Moscoso, mort prématurément à Paris, elle trouva refuge au couvent de Santa Catalina avec ses tantes et cousines pendant les six jours d’une guerre civile locale.

« Quels hourras quand j’entrai! », raconte-t-elle dans Pérégrinations d’une paria (Maspero, 1979 ou Actes Sud, 2004). A peine la porte fut-elle ouverte que je fus entourée par une douzaine de religieuses qui me parlaient toutes à la fois, criant, riant et sautant de joie. (…) Celle-là écartait ma robe par-derrière, parce qu’elle voulait voir comment était fait mon corset. Une religieuse me défaisait les cheveux pour voir comme ils étaient longs; une autre me levait le pied pour examiner mes brodequins de Paris; mais ce qui excita surtout leur étonnement, ce fut la découverte de mon pantalon. » Les dîners où elle fut invitée dans les « cellules » furent « des plus splendides » : « Nous eûmes de la belle porcelaine de Sèvres, du linge damassé, une argenterie élégante et, au dessert, des couteaux en vermeil. Quand le repas fut terminé, la gracieuse Manuelita nous engagea à passer dans son retiro (salon). Elle ferma la porte de son jardin et donna des ordres à sa première négresse, pour que nous ne fussions point dérangées. » Ladite Manuelita eut même le droit de monter un cheval au couvent pour soigner une maladie nerveuse, ironise Flora Tristan. Concerts dans la chapelle, banquets chez l’une ou l’autre : les nonnes de Santa Catalina n’étaient pas astreintes, comme les carmélites d’un couvent voisin, « à cette foule de pratiques religieuses qui emploient tout le temps de ces dernières ». A cette époque, le Pérou était une République depuis quelques années, mais « tout, dans cette ville de 30 000 âmes, où les Blancs se faisaient passer pour nobles ou rêvaient de l’être, dénonçait la colonie », résume l’écrivain Mario Vargas Llosa, dans son livre Le Paradis un peu plus loin (Folio, 2003) sur la vie de Flora Tristan et de son petit-fils, Paul Gauguin. La vie sociale et mondaine, ajoute-t-il, y était « plus intense qu’à Paris », considérée alors comme la « succursale du Paradis » par les Aréquipègnes : « Les familles rendaient et recevaient des visites tout le jour et, dans l’après-midi, on mangeait les délicieux biscuits et friandises que préparaient les religieuses cloîtrées. »

L’hédonisme ne dura cependant plus très longtemps à Santa Catalina, et la parution du livre de Flora Tristan à Paris, en 1838, n’améliora pas la réputation de cet îlot de frivolité. Le Vatican, las de ses vaines admonestations, se décida à envoyer la dominicaine Josefa Cardena pour y remettre bon ordre. La dot fut supprimée, servantes et esclaves furent libérées, dont certaines prirent le voile, une chance pour les »aristocrates » qui apprirent d’elles comment faire leur lit au dortoir, laver leur linge et nettoyer le réfectoire. 

L’oncle de Flora, don Pio Tristan, général espagnol devenu président de l’Etat du Sud-Pérou en 1838, fit en public, sur la place d’armes d’Arequipa, l’autodafé du livre de sa nièce, coupable d’avoir moqué les mœurs de la bonne société locale. Plus grave pour Flora, séparée d’un mari français violent, don Pio lui coupa la petite rente qui lui permettait de vivre à Paris avec ses enfants. L’ouvrage la fit cependant connaître dans les milieux intellectuels parisiens : jamais aucune femme n’avait osé mettre à nu sa vie privée si crûment ni réclamé aussi vivement le droit au divorce et la fin de l’exploitation des plus démunis. Arequipa salue aujourd’hui timidement la mémoire de Flora Tristan, sans aller toutefois jusqu’à apposer une plaque sur le devant de la belle résidence du richissime don Pio, où Flora vécut huit mois. Ce 108 de la rue San Francisco est actuellement le siège d’une… banque. » (photo plus haut)

Après une petite pause repas nous continuons les visites

L’église Santo Domingo

Elle fut érigée au 16e s. par les dominicains et constitue à ce titre l’une des plus vieilles églises a avoir été fondée par cet ordre dans la ville d’Arequipa. Cette dernière fut ensuite sérieusement endommagée par des tremblements de terre en 1582 et en 1604, et presque intégralement détruite entre 1958 et 1960 (seul le portail latéral et le clocher restèrent alors debout). Cette église a depuis été complètement reconstruite à l’identique et a ainsi retrouvé sa beauté originelle. Le portail principal de l’église se caractérise par ses magnifiques blocs sculptés, dont les motifs représentent des vignes, des fleurs et des anges barrissants.

L’église san Agustin

Malgré les séismes, elle conserve une magnifique façade sculptée.

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L’église San Francisco

L’église et le couvent de San Francisco, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO ont été fondés en 1552 par l’Ordre Franciscain, avant d’être finalement achevé en 1569 par Gaspar Baez. Après le tremblement de terre de 1687, l’église fut ensuite agrandie et devint ainsi le plus grand complexe dans le pays à avoir été construit en pierre « d’Ashlar ». Ce complexe religieux comporte l’église San Francisco, son couvent et une église plus petite connue sous le nom de Tercera La Orden (le Troisième Ordre Franciscain).

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L’église de La Campania

C’est l’une des plus vieilles églises d’Arequipa. Elle fut érigée en 1573 par les jésuites, avant d’être ensuite détruite par un tremblement de terre en 1584 et finalement reconstruite en 1698. La façade principale est un chef-d’œuvre du style « Métisse Baroque » d’Arequipa et consiste en un décor de fleurs, de grappes de raisins, de grenades, de vignes, de roses et d’anges.

Ce monument composé de trois nefs possède probablement les autels à dorure de style Baroque, les plus impressionnants de la ville. Nous visitons la chapelle et les murs de la vieille sacristie qui sont considérés pour leur part comme « la Chapelle Sixtine d’Arequipa ». Un pur chef d’œuvre mais les photos sont ici encore interdites.

Le soir, après une journée bien chargée, nous regagnons rainbow bien fatigués. Les enfants s’endorment sans demander leur reste.

Le lendemain, on remet ça.
Tout d’abord, on rejoint le Musée Santuarios andinos qui présente les artefacts incas (céramiques, textiles, métaux, figurines et autres) trouvés dans des tombes d’enfants sacrifiés par les élites incas, durant les expéditions menées par l’anthropologue Reinhard et l’archéologue Chavez. L’attrait principal du musée est Juanita, « la fille des glaciers ». C’est le corps momifié, incroyablement bien conservé, d’une jeune fille d’environ 13 ans qui aurait été amenée jusqu’au volcan Ampato à 6300m d’altitude, comme offrande aux dieux Apus, les dieux des montagnes. Ce volcan est le plus haut du Pérou et le 4ème plus haut du monde. La visite est très intéressante et des vidéos documentaires permettent de comprendre un peu mieux l’histoire de Juanita qui fut découverte suite à une éruption, qui eu pour effet de faire fondre le glacier et de découvrir le corps momifié de la fillette.

Les explications de notre guide sur les rituels des Incas, leurs offrandes, les textiles qu’ils utilisaient et leur artisanat sont passionnantes.

Le corps momifié de Juanita conservé à basse température dans une grande boîte réfrigérée est exposé dans une pièce du musée dans la position dans laquelle les Incas enterraient leurs morts (assis, les genoux remontés sous le menton). Lisa est un peu impressionnée.

Pour ceux que ça intéresse, voici l’histoire de Juanita (par Mario Vargas Llosa, Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine) (merci Charlotte):

« Cette enfant a été sacrifiée à l’Apu (le dieu) Ampato, au sommet du volcan, afin d’apaiser sa virulence et d’implorer la prospérité pour les colonies de peuplement incas de la région. Six heures exactement avant son exécution, on lui a donné à manger un plat de légumes frais. C’est un habile coup de bâton à la tempe droite qui a mis fin à ses jours. « Si parfaitement exécuté qu’elle n’a pas dû ressentir la moindre douleur ». Ils y ont retrouvé les tombes de deux autres enfants, eux aussi sacrifiés à la voracité des Apus andins.

Après avoir été choisie comme victime propitiatoire, Juanita fut probablement entourée d’honneurs et promenée dans les Andes – peut-être même conduite à Cuzco et présentée à l’Inca, avant de monter en procession rituelle, depuis la vallée du Colca, suivie de lamas richement parés, de musiciens et danseurs, et de centaines de dévots, le long de l’abrupt versant de l’Ampato, jusqu’au bord du cratère, où se trouvait la plate-forme des sacrifices. Juanita fut-elle en proie à la peur, à la panique, dans ces moments ultimes ? A en juger par la sérénité absolue inscrite sur son délicat visage de momie, par la tranquille arrogance avec laquelle elle reçoit les regards de ses innombrables visiteurs, il semblerait que non. Peut-être a-t-elle accepté avec résignation, voire avec joie, cette formalité brutale de quelques courtes secondes qui la faisait passer, devenue elle-même une déesse, dans le monde des dieux andins ?

Elle fut enterrée somptueusement vêtue, la tête coiffée d’un arc-en-ciel de plumes tressées, le corps couvert de trois couches de robes en alpaga finement tissé, les pieds dans de légères sandales de cuir. Des broches d’argent, des timbales gravées, un pot de chicha, une écuelle de maïs, un petit lama de métal, ainsi que divers autres objets de culte ou domestiques – tous récupérés intacts – l’accompagnèrent dans son sommeil séculaire, près de la bouche du volcan. »

Le midi, petite pause dans une « picanteria». Les picanterias sont des restaurants traditionnels nés au 19e siècle. Ces restaurants de quartier accueillaient tous les midis, différentes classes sociales. Cette mixité sociale était très rare à l’époque. Cela était possible grâce à l’amour des bons petits plats et de la chicha, boisson traditionnelle péruvienne à base de maïs mauve. La Sociedad picantera de Arequipa a même été créée pour préserver et promouvoir ce patrimoine, et organise chaque année (deuxième quinzaine d’août) un concours des meilleurs plats des picanterias d’Arequipa. Nous prenons un menu pour 4 car les plats sont à partager à plusieurs et arrivent en portions  généreuses. Nous goûterons 7 plats et un dessert qui sont tous des spécialités péruviennes. Nous testons entre autre le cuy (cochon d’indes) que nous avions goûté 16 ans auparavant à Cuzco et les queso helado – Pas une glace au fromage, mais bien une crème glacée typique d’Arequipa avec une pointe de cannelle – On n’est pas très fan.

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Ce petit resto pourtant fort sympathique de part son cadre et la qualité de sa cuisine ne restera pas dans nos meilleurs souvenirs . Clément et Lisa sont pris d’un gros coup de blues. Leurs grands-parents leur manquent depuis qu’on a croisé les Artéromands avec leurs propres grands-parents et on a du gérer la tristesse qui accablera en grande partie Clément jusqu’en début de soirée. C’est avec un boulet au cœur que les enfants poursuivent les visites. Dur dur la fin d’après-midi.

Le Monastère de Santa teresa

L’église du monastère Santa Teresa a été érigée en 1710, tandis que la construction du monastère en lui-même n’a elle été achevée qu’en 1750. Outre sa communauté religieuse ( 20 sœurs) toujours en fonctionnement, même si on ne croise pas les soeurs, ce couvent Carmélite abrite par ailleurs dans un musée lové dans le Monastère. On y découvre une magnifique collection de plus de 300 objets d’art de l’époque coloniale disposés dans pas moins de 12 galeries. La collection inclue notamment des sculptures, des peintures murales, des ferronneries, des orfèvreries, des éléments d’art religieux et des objets décoratifs, lesquels datent des XVI, XVII et XVIII siècles. L’église et le couvent ont été endommagés pendant le tremblement de terre de 2001, mais ont été admirablement reconstitués depuis cette date.
Nous ne prenons que quelques photos des extérieurs, l’intérieur est ici encore interdit.

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La basilique
L’imposante Basilique d’Arequipa s’étire sur toute la longueur de la façade nord de « la Plaza de Armas » et constitue le plus grand monument catholique de la ville. Sa construction débuta en 1621 et fut achevée en 1656. Cette basilique est par ailleurs construite en « sillar », une pierre volcanique de couleur blanche, et constitue un bon exemple du style Néo-Renaissance avec ses deux tours et sa voûte gothique stylisée.
La basilique a subi des dégâts considérables suite à un incendie en 1844 et à 2 tremblements de terre. Elle fut  restaurée plusieurs fois.

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Ca y est les visites s’achèvent. Dernière ballade sur le grand marché de la ville…

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Il n’est pas très tôt lorsque nous quittons Arequipa. Un peu de route et nous établissons notre bivouac sur les hauteurs, sur le parking d’un resto perdu dans les montagnes. Au loin, un volcan crache de la cendre….

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Demain nous prenons le chemin de la vallée sacrée……

2 réflexions au sujet de « Arequipa la blanche »

  1. Je crois que c est l article le plus long de tous les blogs existants! J aurais peut être pas du commencer ma lecture a 23h! Gros coup de coeur pour le couvent santa catalina avec entre autre ma rue préférée…. celle de Séville. J aurais adoré ! Le monastère santa Térésa est très joli aussi….on ressent la sérénité a travers vos photos et on imagine bien l impression que le temps semble s arreter en ces lieux.
    Je suis toujours aussi touchée a la lecture des descriptions des sacrifices d enfants je trouve cela tellement terrible. Pas étonnant que cela soit dur a voir et comprendre pour Lisa.
    Les marchés du coin sinon sont impressionnants : les étales a étages sont a l image de la haute altitude des volcans environnants! Mon potmi tu as l air de kiffer ton jus de fruits frais.
    Profitez bien encore et laeti n oublie pas de donner les lettres de tatie a mon Potmi.
    Gros gros bisous mes ptits amours. Plein de bonheur pout ce 1er mai.

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