Les civilisations préhispaniques de la côte nord du Pérou de Trujillo à Lambayeque

Alors qu’on parle toujours des Incas, nous ne cessons de découvrir que de nombreuses autres grandes civilisations précolombiennes ont contribué à construire le Pérou. Le nord du Pérou vit effectivement s’épanouir une succession de civilisations, dont les plus anciennes remontent à 5 000 ans. Dans la région de Trujillo, ce sont surtout les civilisations Chimu et Mochica qui ont laissé des traces importantes. Nous consacrons les quelques jours qui viennent à la visite de sites érigés par ces deux importantes civilisations précolombiennes qui fleurirent puis disparurent dans le désert côtier au fil des millénaires….

Nous décidons d’installer notre camp de base dans un camping à Huanchaco, petite ville balnéaire prisée et touristique située à 15/20 minutes de Trujillo. Depuis que l’on est dans le nord Pérou, nous ne cessons de voir des messages d’alerte de voyageurs qui se sont fait dépouillés lors de braquage à main armée, notamment vers la côte. Nous ne cédons pas à la panique mais nous ne tentons pas le diable. Un camping sera plus sûr. Huanchaco est plutôt paisible et assez bien située pour rayonner dans le coin. C’est aussi un havre de bénévolat, où tous les jeunes surfeurs sont prêts à fournir un petit effort pour passer à l’oeil un séjour sur la plage .

La ville a su conserver un charme traditionnel. Depuis des millénaires sur cette côte des pêcheurs utilisent un bateau particulier fait en totora pour aller en mer. Ces embarcations dateraient du peuple Moche.

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Dès que les pêcheurs reviennent sur le rivage, ils sont aussitôt attendus par un attroupement de clients intéressés. En un rien de temps, tout est vendu.

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On passe une après-midi à se promener avec les copains sur le bord de mer et à profiter un peu de la fraicheur marine et du soleil.

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caballitos de totora appuyés contre le mur

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Pause pique-nique avec les copains

Ca y est, c’est parti pour les visites…

Les Huacas del Sol y de la Luna (temples du Soleil et de la Lune)

Les Moches ont existé de 100 à 700 après jésus Christ autour de la côte nord Péruvienne. Cette culture est le fruit de la fusion de différentes cultures préexistantes.
Le centre de la culture Moche est représenté par deux édifices majeurs que sont le Huaca de la luna et le Huaca del sol, situés non loin de Trujillo au pied du Cerro Blanco. Le premier était dédié aux questions religieuses (très importantes à l’époque) et le second aux affaires administratives. Seul le Huaca de la luna se visite,  le Huaca del Sol est lui en cours de fouilles.

Entre les deux temples s’étendait une ville où la position sociale de chacun définissait la proximité ou l’éloignement avec les Huacas. Les religieux ou administratifs étaient donc les plus proches des Huacas.

Huaca del Sol (temple du soleil) reste le plus grand édifice préhispanique du pays, bien qu’un tiers du sanctuaire ait été emporté par les pluies. On estime à 140 millions le nombre de briques d’adobe nécessaires à sa construction.
La pyramide comptait autrefois plusieurs niveaux, reliés par des escaliers raides, de longues rampes et des murs inclinés à 77°. Après quinze siècles d’érosion, elle ressemble désormais à un gigantesque tas de briques crues, partiellement recouvert de sable.

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Plus petit, le Huaca de la Luna (temple de la Lune), situé à 500 m du précédent en plein désert, mérite déjà à lui seul la visite. Il s’agit d’une pyramide inversée de 6 étages. La construction du temple se prolongea pendant six siècles jusqu’en 600, les différentes générations l’agrandissant d’un étage tous les 100 ans en condamnant l’étage précédent et en le recouvrant par un homologue à la base plus large. Le site est en cours d’excavation mais c ‘est un vrai casse tête pour les archéologues qui devraient pour retrouver les premières bases, creuser profond mais avec le risque de voir cette curieuse construction s’écrouler.

Des archéologues dégagent actuellement des parties délimitées couche après couche. Plusieurs étages avec des peintures en relief sur les murs faites à base de liquide de cactus ont été mis à jour. On y retrouve notamment leur dieu de prédilection sympathiquement appelé le décapiteur et représenté sous la forme d’un monstre.

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Représentation du Dieu décapiteur

Sur les murs extérieurs de la pyramide sont représentées de superbes frises polychromes à chaque fois différentes : guerriers, danseurs, prisonniers, animaux dont certaines sont encore plutôt bien conservées.

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Au centre du temple se trouve d’anciens lieux de cérémonies avec un autel surélevé.

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Une fresque représentant la cosmovision de cette culture.

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Nous visitons également le Museo Huacas de Moche situé à proximité du site. Il est consacré à la culture Moche et accueille les artefacts découverts sur le site.

On en apprend un peu plus sur le mode de vie de cette civilisation et sur les rites religieux de l’époque comme les sacrifices aux techniques assez barbares. En effet, les Moche était un peuple guerrier. Les prisonniers de guerre étaient décapités et leurs cœurs arrachés. Leur sang était bu pour y puiser de la force.

En plus de développer des compétences architecturales pour construire d’immenses pyramides, les Moches conservèrent suffisamment de temps pour l’art. Ils possédaient une religion très structurée et témoignaient d’un grand raffinement artistique et technique. Ils étaient renommés pour la complexité, le raffinement et le réalisme de leurs céramiques dont nous avons un bel aperçu dans les salles du musée.
Ne disposant pas de l’écriture, les céramiques restent les objets décrivant le mieux la vie quotidienne de cette culture. Certaines sont ornées de personnages, de scènes sur la vie quotidienne ou sur les cérémonies. D’autres sont modelées en forme d’humains, de produits des récoltes, d’animaux sauvages ou domestiques. Parmi les autres représentations de la vie mochica figurent les châtiments, les techniques chirurgicales (comme l’amputation et la réduction des fractures) et les rapports amoureux.
Les moche créèrent également des textiles et des objets en métaux précieux.

Photos souvenir

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A la sortie du site, nous voyons le fameux chien péruvien : des  chiens sans poil appelés biringo

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Chan Chan, capitale de l’empire chimù

Les Chimus ont vécu entre 500 et 1470 après jésus christ. En 1471, ils furent conquis par les Incas.
Leur territoire s’étendait sur une bonne partie de la côte nord péruvienne actuelle jusqu’au golfe de Guayaquil (sud de l’Équateur). Il semblerait que les bases de leur culture soient les restes de la culture moche. La similitude entre leur céramique et celles des Moche confirmant cette hypothèse. Comme eux, Les chimus vénéraient la lune.

Leur art, moins raffiné que celui des Moches, s’orientait plus vers une production en série d’objets fonctionnels que vers la perfection artistique. La poterie peinte fut, pour l’essentiel, délaissée au profit d’une technique de cuisson simplifiée (céramique noire). Si la qualité de la poterie déclina, la métallurgie se développa avec le travail de l’or et de divers alliages.
C’est surtout au niveau de l’urbanisation que les Chimú excellèrent et leur capitale en est la plus belle preuve. Située à seulement 5 km de Trujillo, face à l’Océan Pacifique, la cité de Chan Chan en partie ensevelie sous le sable peut se vanter d’avoir été la plus grande ville précolombienne d’Amérique et la plus grande cité en adobe au monde avec ses 20km2 de superficie.
Elle fut la capitale de la civilisation Chimu jusqu’à son occupation par l’Inca Tupac Yupanqui en 1470 qui se termina en saccage et… en destruction. L’état général de la ville donne une idée de la brutalité avec laquelle s’est effondré le colosse aux pieds d’argile sous les coups des Incas. Ces derniers, qui tenaient les montagnes, soumirent les peuples de la côte en déviant les fleuves et en les privant ainsi d’eau. Si bien que lorsque les conquistadors espagnols arrivèrent sur place, il ne restait en réalité plus grand chose de sa gloire passée.

La capitale chimú se composait de dix grands faubourgs, également appelés enclos royaux. Chacun de ces faubourgs comprenait un palais ( tertre funéraire royal), contenant d’innombrables offrandes, des dizaines de jeunes femmes sacrifiées, et des salles remplies de poteries, de tissages et de bijoux. En effet, à la mort du roi, son palais était fermé et ne servait plus que de sépulture pour le roi. Sa famille (sauf ses fils, qui lui succédaient) ses concubines et les gens à son service, l’accompagnaient tous dans la tombe. On construisait alors un nouveau palais.

60 000 habitants peuplait la capitale à son apogée. La ville était structurée de manière à séparer les élites du peuple. Il y avait les palais pour les rois, des temples, des logements pour les classes moyennes, des constructions plus nobles pour les aristocrates et enfin des espaces plus réduits pour les classes populaires. La ville comprenait également d’immenses citernes et des canaux.

De cette ville grandiose, seuls restent aujourd’hui des murs d’adobe que les orages continuent d’éroder. Neuf palais sont encore sur pied. Ils sont éparpillés le long de la route Panaméricaine et à ce jour, la seule section ouverte au public est le Palacio Nik An, seul palais excavé et restauré. Il mesure 110.000m²…

Malgré les années, l’érosion et des pluies torrentielles qui ont gravement endommagé les moulures d’adobe, le site mérite la visite. Afin de le protéger des intempéries et du vent, il est en grande partie aujourd’hui couvert de sortes de grandes tentes.

Nous circulons entre les murs dont certains culminent à 13 m de hauteur.

Les murailles sont chargées de frises en bas-relief moulées dans les murs d’adobe. Elles ornaient jadis les bâtiments. Ces frises représentent principalement des formes géométriques mais également des animaux. Plusieurs de ces murs ont été restaurés et des copies des frises originales installées pour donner une idée plus juste des lieux.

Le mur extérieur qui longe la cour de cérémonie est  l’un des plus décorés et des mieux restaurés du palais. Les frises d’adobe figurent des vagues de poissons ondulant sur toute sa longueur au-dessus d’une ligne d’oiseaux marins.
La mer était une divinité importante. Les chimus vivaient beaucoup de son utilisation. Ainsi dans toute la cité de Chan Chan on retrouve de nombreuses représentations réalistes ou stylisés de poissons et de pélicans. Sa proximité avec l’océan pacifique explique cette omniprésence des thèmes maritimes à chan chan.

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À l’intérieur d’un rempart de 4 m d’épaisseur s’étend la cour de cérémonie, amplement restaurée. Les murs intérieurs sont ornés de motifs représentant des écureuils. Une rampe, à l’autre bout de la cour, donne accès au second niveau. Aucun escalier n’existe dans le palais. Le roi ne marchait pas, il ne se déplaçait que porté par 4 sujets.

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Nous traversons avec notre guide le labyrinthe des salles d’audience. Leur fonction n’est pas très claire, mais la quantité et la qualité des décorations témoignent de leur importance.

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À gauche se trouvent plusieurs dizaines de petites cellules en mauvais état appelées Almacenes (entrepôts) ; elles faisaient peut-être fonction de caserne ou on entreposait des biens.

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Nous longeons la citerne d’eau, aujourd’hui peuplée de roseaux, qui approvisionnait le palais. C’était l’un des plus grands bains purificateurs. Il y en avait une quarantaine en tout pour la cité. On a retrouvé aussi près de 140 puits d’eau tout autour de Chan Chan et 90% d’entre eux se trouvaient à l’intérieur des palais : celui qui possédait l’eau possédait le pouvoir.

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Non loin de là, se trouve le mausolée royal. Il abritait la dépouille d’un roi, des restes d’humains sacrifiés et des objets cérémoniels. À gauche du tombeau principal, une pyramide renfermait les corps de dizaines de jeunes femmes.

Notre guide prend congé de nous et nous achevons notre visite de Chan chan par le musée du site. Y sont présenté des céramiques et un résumé de l’histoire de la ville. À l’apogée de l’Empire chimú, Chan Chan renfermait quantité d’or, d’argent et de poteries. Si la conquête inca n’entama pas cette prospérité, le pillage commença dès l’arrivée des Espagnols et, en quelques décennies, les trésors de Chan Chan furent réduits à rien. Les rares vestiges découverts sont exposés dans les musées environnants. Nous en voyons quelques pièces ici.

Des investigations sont encore menées et on a retrouvé par exemple en octobre 2018 20 statues dans le Palacio Gran Chimu. Ces statuettes de 70 cm de hauteur et 800 ans d’antiquité étaient les probables gardiennes des lieux.

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El Brujo et la Señora de Cao

Plus haut sur la côte, nous finissons par la visite d’El Brujo, musée récemment ouvert au public, à la suite de la découverte de ce nouveau site en 2005. Situé sur une terrasse qui s’élève à 17m au dessus du sol, face à la mer, El Brujo avec les Huacas del sol y de la Luna, formaient le centre religieux, politique et économique des Moches.

El Brujo contient 3 pyramides des époques mochica et sicán : la Huaca Cao Viejo, La Huaca Prieta et la Huaca el Brujo. Ces temples sont entièrement construits en briques d’adobe et sont tous richement décorés. La plus importante, la Huaca Cao Viejo est aussi la mieux préservée et la seule ouverte au public.
Le complexe archéologique El Brujo est devenu célèbre grâce à la Señora de Cao, première femme de pouvoir du Pérou, dont la momie fût découverte en 2005 dans une tombe sous la Huaca Cao Viejo. Son corps est depuis conservé dans le musée du site.

La Huaca Cao Viejo est une pyramide tronquée de 27 m. Ce temple daterait des premiers siècles de notre ère et a été utilisé jusqu’au IXe siècle. Comme la huaca de la luna, il présente sept édifices superposés, construits tour à tour après la mort de chaque gouverneur.

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maquette du site

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Le temple impressionne par ses grandes fresques multicolores et ses peintures en relief situés sur la façade principale. Ils représentent entre autre des guerriers nus, des prisonniers, des prêtres et des sacrifices humains.

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Rampe d’accès à l’étage supérieur

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Dans la zone supérieure, il y a un patio cérémonial  ainsi que des annexes à l’est et à l’ouest de la place cérémonielle

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Le tombeau de la dame de Cao

Le musée du site que nous visitons juste après nous donne des explications sur les divinités moches, et leurs rituels concernant les sacrifices humains. Diverses poteries et objets a civilisation moche sont exposées.

Bien sûr, toute une partie du musée est également consacré à la fameuse momie de la Dame de Cao. Une salle renferme les objets les plus personnels de la dame, ainsi que la momie elle-même. Ses bijoux en or sont superbes et d’une finesse incroyable.

Nous en apprenons un peu plus sur cette mystérieuse femme. La Señora de Cao avait entre 25 et 30 ans au moment de sa mort, aux environs de 450 après JC. Elle devait avoir un statut important dans la hiérarchie mochica, probablement très proche de celui des Seigneurs de Sipán découverts dans la Huaca Rajada.

Sa tombe est semblable à celle d’une souveraine, dans une magnifique enceinte décorée avec des représentations du monde magico-religieux des Moche. Elle avait été enterrée avec des compagnons qui étaient sacrifiés pour l’accompagner dans l’au-delà, et quantité d’objets.

La momie était enroulée dans 22 couches de tissus en coton. Le fardeau funéraire mesurait 181 cm sur 75 cm de largeur et son poids atteignait 120 kilogrammes.

Dans les couches 22 à 13 qui enveloppaient le corps, on a trouvé du cinabre, une substance toxique qui fut cruciale dans la préservation de la momie. Entre ces couches étaient placés des ornements propres à son sexe et à son statut social. Parmi eux, il y avait 23 colliers en or, argent ou cuivre et un grand nombre de pierres précieuses. 42 ornements de nez enveloppés avec soin dans des tissus en coton avaient été mis sur son torse.
Entre les couches 12 à 6, on a trouvé de nombreux textiles.
Entre les couches 5 à 1, il y avait des offrandes textiles et métalliques, comme des plaques de cuivre et des fils d’or. On lui avait mis aussi ses couronnes, diadèmes et deux bâtons cérémoniels en bois et cuivre, qui étaient les symboles du pouvoir qu’elle avait dans la société Moche.

Son visage, ses bras et ses pieds étaient tatoués avec des serpents, des araignées et des dessins géographiques. La signification de ses tatouages reste encore un mystère qu’on cherche à percer. Selon certains archéologues, ses tatouages pourraient indiquer qu’elle possédait des pouvoirs surnaturels. Peut-être qu’elle était une femme chamane, prêtresse, guérisseuse.
Aujourd’hui on peut encore voir ses tatouages. Cela est du à l’utilisation de sulfure de mercure (cinabre) qui a permis d’éradiquer les bactéries qui auraient pu abîmer la momie.

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Depuis début juillet 2017, est exposé dans le musée une reproduction du visage de la Dame de Cao à partir de l’ossature de son crâne et les traits des habitants du coin.

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Le fait qu’une femme ait été identifiée comme pouvant également avoir le statut de dirigeant est extrêmement important pour l’histoire ! Jusqu’à maintenant, on partait du principe que seuls les hommes avaient une position importante dans la société, les femmes étant en charge des travaux ménagers. Cette découverte a profondément surpris les archéologues et les a désormais poussés à repenser la place de la femme chez les peuples pré-incas.

Ca y est, notre première journée visite s’achève. Le jour commence à décliner et nous avons prévu de dormir sur le parking du musée de Huaca Rajada. Nous arrivons de nuit à 21h. Les portes du parking sont fermées. Une lampe torche s’approche. Le sympathique veilleur de nuit nous permet d’entrer. Vraiment sympa. Nous retrouvons le camion des copains, chez eux tout le monde dort déjà.

Les 3 musées dédiés à la découverte du Seigneur de Sipan

De bon matin, les enfants s’empressent de retrouver les copains après les devoirs. « C’est plus sympa de visiter les musées avec eux qu’avec vous » nous lance Clément avant de partir en courant. C’est partit pour la visite groupée.

En 1987, l’archéologue Walter Alva découvre, lors de fouilles sur le site de Huaca Rajada, la tombe de l’un des hommes les plus puissants de l’ancien Pérou : le Seigneur de Sipán, un des gouverneurs Moche.

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Sa sépulture dévoile le plus fabuleux trésor funéraire connu d’Amérique ; d’une richesse telle qu’on le compare à celui de Toutânkhamon. Dans sa tombe, cet homme était recouvert d’impressionnants ornements d’or, d’argent, de turquoise et de spondyles (type de mollusques). Sont également mis à jour des ossements d’humains sacrifiés et enterrés pour l’accompagner dans  l’autre monde.
Cette découverte est parfois considérée comme la plus importante découverte archéologique au Pérou depuis celle du Machu Picchu, notamment parce que c’est l’un des rares sites précolombiens ayant été retrouvé intact.Cela a remis en question de nombreuses idées concernant la culture Moche, notamment concernant la place du dirigeant moche dans la société : il était bien plus important qu’on ne le croyait auparavant.

Trois musées sont dédiés à cette découverte. Nous visitons les trois qui se complètent bien même si le plus impressionnant reste sans nul doute celui de Tumbes reales.

Nous commençons notre visite par le lieu même de la découverte, la Huaca Rajada et son musée attenant, le museo de sitio Sipan. C’est le plus important complexe funéraire de la culture Moche découvert à ce jour. Ici, dans l’un des déserts les plus arides de la planète, deux énormes pyramides tronquées se camouflent sous 1 600 ans de décomposition.
A l’origine les pyramides étaient immenses et construites en adobe. Malheureusement, l’érosion de la pluie et notamment le phénomène El Niño ont ici aussi endommagé le site. La pyramide grandiose d’hier ressemble aujourd’hui à une simple montagne. C’est d’ailleurs pour cela que les colons espagnols sont passés sans porter aucune attention aux richesses que ce lieu renferme.
Dans les environs, on compte environ 20 pyramides mais les fonds ne sont pas suffisants pour toutes les explorer.

Le Huaca Rajada à l’époque et aujourd’hui

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Bien que la découverte du « Seigneur de Sipán » fut la plus importante sur le site, d’autres découvertes de tombes ont révélé l’ampleur de ce complexe funéraire. Celui-ci renfermait aussi, par exemple, la tombe du « Viejo señor de Sipán » (vieux seigneur de Sipán), qui appartenait à la même famille que le premier et régna antérieurement. Au total, quatorze tombes ont été fouillées.

Nous faisons le tour des tombes. Ce cimetière construit verticalement a été fouillé sur 8 niveaux.

Une reconstitution de l’intérieur de chaque tombe telle qu’elle était au moment de sa découverte nous permet d’imaginer l’excitation des archéologues… Tous les morts étaient enterrés recouverts de bijoux en or, en argent, en turquoise, … tous plus magnifiques les uns que les autres : boucles d’oreille, boucles de nez, plastrons, bracelets, couronnes, sceptres, …

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Nous découvrons la tombe du Seigneur de Sipan. Il  a été enterré avec 8 autres personnes sacrifiés pour l’accompagner dans l’autre monde (3 concubines dont deux dans des tombes superposées, 1 homme et un chien, 1 guerrier avec massue et bouclier, 1 vigile, un enfant sans tombe en position assise et le gardien de la tombe amputé des pieds pour rester fidèle à son poste, même dans l’au delà. Deux lamas étaient également enterrés sous les cercueils.

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La visite du musée in sitio que nous faisons dans la foulée nous permet d’avoir un premier bref aperçu des objets découverts sur le site.

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Nous poursuivons nos visites avec le musée Tumbas Reales de Sipán situé à Lambayeque. Il présente les découvertes provenant du complexe de Huaca Rajada. Il fut inauguré le 8 novembre 2002 et créa l’événement, avec non seulement cette collection incroyable mais également grâce à son audacieuse architecture. Les architectes ont dessiné une pyramide tronquée, sur les bases de ce que devait être la pyramide Moche dans laquelle fut trouvée la tombe du Seigneur de Sipan. On accède à l’entrée du Musée par une longue rampe, toujours sur le modèle de l’architecture Mochica.

Nous entrons dans le musée, les appareils photos, téléphones et sacs ne sont pas autorisés et ils ne plaisantent pas. Aucune image de ce fabuleux trésor ne doit filtrer. En tout, le musée contient plus de 2 000 œuvres en or et plus de 400 bijoux en or, argent et cuivre. Ce que l’on peut en dire, c’est qu’on en prend plein les yeux.

Le bâtiment est répartit sur trois étages. La visite se fait de haut en bas comme on descendrait au cœur de la pyramide. Vague sensation de vivre l’expérience des découvreurs de la sépulture. À l’intérieur, l’atmosphère est feutrée ; couloirs de velours, lumières tamisées. Chaque œuvre est savamment mise en valeur par son éclairage propre.

Le niveau 3 introduit l’histoire de la culture Mochica, leur environnement, leur organisation sociale.
Un autre thème très important est abordé, celui du monde spirituel des Moche. Leurs dieux souvent présents sur les céramiques, leur concept de vie (de la conception jusqu’à la mort) et leurs notions d’éternité y sont expliqués.

Le niveau 2 retrace les premières découvertes sur le site: de la découverte du gardien du Seigneur jusqu’à la découverte de la « chambre funéraire » du Seigneur lui-même avec son trésor. La partie centrale détaille la réplique exacte de la sépulture du Seigneur avec ses accompagnants.

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A cet étage également sont exposés les objets du Seigneur de Sipan trouvés pendant la fouille: des ornements, des colliers, des parures, des diadèmes, des coiffes, des boucles d’oreille et de nez… Le tout est fait d’or, d’argent, de cuivre, de lapis-lazuli, de turquoises, de coquillages en provenance d’Equateur très précieux à l’époque, de plumes d’oiseaux colorés. Ces 600 objets découverts sont d’une richesse incroyable. Les moches avaient un savoir-faire, une finesse et une créativité impressionnants pour réaliser tissus et bijoux.

Le niveau 1 retrace les autres fouilles sur le site qui ont permis de mettre à jour une quinzaine de tombes de prêtres (sacerdote), guerriers ou nobles avec chacune des offrandes (plus modestes que celle du Seigneur).
Certaines tombes sont encore plus anciennes que celle du Seigneur de Sipan, notamment celle du « Vieux Seigneur de Sipan » qui vécut 200 ans avant le 1er seigneur et qui lui n’a rien à envier à son cadet à la vue des parures qu’il possède.

Nous quittons le musée, les yeux éblouis par tant de richesses. Musée magnifique et passionnant autant par le contenu de ces explications que par la mise en scène et les collections qu’il déteient.

Nous finissons par le musée national de Sipan situé à quelques kilomètres de là. Du coup, après Tumbes Real, il nous paraît un peu fade d’autant plus que nous devons le visiter à la lumière de la lampe torche, une panne de courant ayant plongée le musée dans le noir. Jamais en France on ne te permettrait de visiter un musée ainsi avec le risque de vol…. Nous voyons quelques jolies pièces et les explications sur l’artisanat Moche sont intéressantes.

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Nous reprenons la route jusqu’à une station service où nous passerons la nuit. C’est la fin ( temporaire) de l’épisode musées.

Sur la route

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2 réflexions au sujet de « Les civilisations préhispaniques de la côte nord du Pérou de Trujillo à Lambayeque »

  1. Et bien …. sacrée série de musées! C est bien mieux qu un cours d histoire! Alord mon potmi n a aucune excuse pour ne pas me repondre a mon questionnaire sur les moches et le chimu! 😜
    Ca fait quand même bizarre d avoir mis a nu toutes ces tombes …. ca fait un peu froid dans le dos. Comment reagissent les enfants?

    J'aime

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