La traversée du désert d’Atacama jusque Arica

650 kilomètres séparent San Pedro d’Atacama d’Arica, située à l’extrême nord du pays au bord de l’océan Pacifique. Sur une portion d’environ 300 km après Calama, nous ne traversons aucune ville, aucun village, aucun hameau. De temps en temps, un site industriel, des carrières ou des mines et le désert labouré par les engins de chantier.
La Ruta 5 Norte, le tronçon nord de la Panaméricaine Chilienne, est longue, des plus monotone et ennuyeuse. Un désert à perte de vue et dire qu’on se « plaignait » des paysages monotones de la Ruta 3 en Argentine.

Là, c’est vraiment la traversée du désert… Pas un arbre, pas de buisson, pas d’herbe et donc par conséquent par un seul animal  à des kilomètres à la ronde!! Et, il fait chaud, tellement chaud. On se dit que vraiment, il ne faudrait pas tomber en rade dans ces coins inhospitaliers.
Seuls les pylônes soutenant des kilomètres de lignes électriques qui traversent ce désert nous tiennent compagnie…

Régulièrement, on aperçoit des épaves de voitures accidentées et des cimetières décrépis… Pas très gai!

Cherchant la fraicheur, nous nous décidons à quitter la ruta 5 momentanément pour passer la nuit au bord de la mer. Malheureusement, le bord de mer est loin d’offrir des plages de rêves. Des usines implantées régulièrement au bord de la plage rejettent des déchets dans l’océan.

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Les plages sont de vraies décharges à ciel ouvert. Les gens se débarrassent de leurs détritus sans états d’âme. Nous sommes dépités de tant de pollution. Surtout qu’ici, c’est un lieu de naissance pour les bébés lions de mer. Pauvres bêtes qui grandissent dans les déchets humains et honte à nous qui sommes incapables de protéger mère nature et ses habitants.

La faune sera tout de même au rendez-vous pour notre plus grand bonheur. Nous verrons pêle-mêle:

Une pouponnière de lions de mer

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des cormorans

des urubus à tête rouges

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des pélicans

des huitriers noirs

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et des Cormorans de Gaimard

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Sur la plage, nous faisons la connaissance de Laurent et Murielle, deux français qui voyagent en 4×4 et qui connaissent déjà les vananous et les Artéromands. Que le monde est petit. Nous nous extasions ensemble pendant plus d’une heure devant  cette pouponnière pour lions de mer.  Certains petits viennent de naître et leurs premiers pas dans la vie sont déjà une sacrée aventure. Pas facile de naître en haut d’un rocher escarpé balayé par les vagues du pacifique. D’ailleurs, les stigmates de la sélection naturelle sont visibles partout autour de nous. De nombreux corps inertes de bébés jonchent le sol … d’où la présence en masse des urubus.

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On profite tout de même de la plage. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un désert qui se jette dans l’océan.

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Le lendemain, nous partons admirer les géoglyphes de Pintados

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Ils se situent dans une zone de salar du même type que celui visité au sud de San Pedro de Atacama : une sorte de champ labouré laissant apercevoir des dépôts évaporitiques.

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Ici, plus de 400 représentations couvrent les versants de plusieurs collines et sont visibles de la plaine. D’Antofagasta à Arica, près de 760 sites de Géoglifos ont été recensés. Celui de Pintados est le plus important du Chili en nombre de figures. Elles dateraient de 1000 à 1400 et représentent humains, animaux, figures géométriques et symboliques. Les géoglyphes auraient peut-être également eu une vocation de carte routière.

 

 

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Nous déjeunons avec Laurent et Murielle à l’ombre de trois grands arbres qui ont poussé là, on ne sait par quel miracle. On discute, on est bien sous une légère brise ombragée. On s’amuse de ces gros lézards voraces qui viennent en nombre se battre pour finir les quelques morceaux de viandes et de crudités que nous leur lançons. Il faut dire que dans ces territoires hostiles, c’est vraiment de la survie.

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La vaisselle finie, on dit au revoir à nos nouveaux compagnons de route et nous repartons affronter la chaleur du désert.

Le sol craquelé par la sécheresse.

Sur la route, on aperçoit de nombreux panneaux indiquant les emplacements d’anciennes oficinas, ces villages sortis comme des champignons au milieu du désert lors du boom du nitrate et du salpêtre du Chili, exploité au XIXe et au début du XXe siècle dans le désert d’Atacama. Ces villages furent abandonnés dans les années 1960, quand les exploitations chiliennes ont dû mettre la clé sous la porte à cause de leur manque de compétitivité face à l’industrie pétrochimique de plus en plus performante.

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La majorité de ces villages, abandonnés du jour au lendemain ressemblent désormais à des tas de ruine au bord de la Panaméricaine, mais il en est un, plutôt grand, qui mérite le détour. Il s’agit d’Humberstone, un ancien site de traitement de nitrate de soude – le fameux salpêtre du Chili, plus connu sous le nom chimique de nitrate de potassium qui servait comme engrais pour les cultures – et de sa petite ville attenante, classé au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO depuis 2005.

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La construction de cette ville a débuté en 1862 autour d’un gisement de salpêtre. La ville compta jusqu’à 5000 habitants mais elle est aujourd’hui à l’abandon, la mine ayant fermé en 1960. Le site  ressemble désormais à un village fantôme que les habitants viendraient à peine de quitter… le climat sec de la région ayant sans aucun doute contribué à la préservation des bâtiments.

Nous déambulons librement dans les rues de la ville: On peut entrer dans les différents batiments plutôt bien conservés. Nous commençons la visite par une grande allée où les baraquements servent de musée.

Nous visitons pêle-mêle des salles exposant les outils des mineurs et la maison du docteur

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Nous observons également le confort rudimentaire de l’époque en visitant l’intérieur des habitations du début du 20ème siècle.

Les habitations des riches

 

des classes moyennes

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des plus pauvres

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l’église entièrement construite en bois,

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Nous découvrons des infrastructures montrant le passé prospère de cette exploitation du salpêtre tel l’hôtel, avec son bar et son énorme piscine aux parois métalliques rivetées avec plongeoir, gradins et vestiaires.

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Un peu plus loin, la grande place d’Humberstone

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Le batiment situé sous les arcades de la place principale qui abrite La pulperia, le magasin général de la ville

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Nous visitons l’école qui accueillait plus de 500 élèves répartis dans 8 salles de classe. Clément joue à la maîtresse.

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Un peu plus loin, le théâtre de 1936 avec ses parquets cirés, sa grande scène et ses fauteuils en bois.

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les bureaux administratifs… où sont exposés entre autres quelques publicités françaises du début du 20ème siècle vantant les mérites du salpêtre chilien.

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La visite se poursuit par les bâtiments du secteur industriel. Nous errons dans de grands hangars ouverts à tout les vents. Des machines-outils et des carcasses de locomotives, de wagons sont là, rouillés pour l’éternité. Certains endroits paraissent peu sécures. Les tôles sur les toits des hangars n’ont pas l’air de tenir fort bien et des restes de pièces métalliques rouillées gisent un peu partout sur le sol…

Nous arpentons les rues d’Humberstone et ses bâtiments pendant près de 4 heures. La visite est émouvante, se plonger dans le quotidien de ces gens au fin fond du désert d’Atacama qui, du jour au lendemain, ont tout quitté à cause d’un contexte économique défavorable…
Malgré la chaleur accablante, les enfants ont pris beaucoup de plaisir pendant cette visite. Clément s’est même improvisé des parties de cache-cache dans les innombrables pièces en enfilade des maisons.

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Le temps passe vite. Il est l’heure de reprendre la route… et pour la destination, on hésite !

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Milieu d’après-midi, nous avons du mal à supporter la chaleur. Nous  traversons quasiment les mêmes paysages désertiques depuis 3 jours  même si les reliefs vallonnés à l’approche de la ville d’Arica sont un peu moins monotones. Par endroit, un maigre cours d’eau ou une nappe phréatique permettent à la vie de se développer.

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Nous attaquons 3 montées de 20 km chacune suivies d’autant de descentes vertigineuses. Au Chili, on ne s’embête pas avec les lacets. On préfère aménager des pistes d’urgence au cas où les freins décident de lâcher dans la descente. Nous prions que ce ne soit pas notre cas.

Pause « Mote con huesillo », une boisson rafraichissante très populaire au Chili, à base de pêches séchées et de blé cuit.

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Sur certaines collines pelées, nous découvrons  de nouveaux géoglyphes représentant des figures humaines ou géométriques.

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Statue représentant une momie chinchero réalisée par un artiste chilien

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Sculptures connue sous le nom de presencia tutelares le long de la panaméricaine ( Evitons que les gens s’endorment)

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Ca y est,  Arica est devant nous ! Enfin !

2 réflexions au sujet de « La traversée du désert d’Atacama jusque Arica »

  1. Debut d article bien moins sympa niveau paysage. Moi qui suis a fond dans le presque zero déchet. .. je n apprécierais vraiment pas de me retrouver sur cette route. Pas etonnant que le 7 ieme continent soit dans les parages si tout est vidé dans l ocean. Quelle honte!.
    Bravo pour votre connaissance des noms d oiseaux qui vous entourent… on en apprend tous les jours! Vous allez devenir incollables!
    Le site d HUmbertone est impressionnant et en effet super bien conservé. Par contre la maitresse n a pas l air commode ! !!!😉😉😉
    Nous sommes ravis de savoir que vous n etes pas tombés en panne dans ce désert a perte de vue. J avoue que ca doit etre un peu angoissant!
    Sinon laeti ca te va bien de faire ta pinup avec ta boisson du coin et ta bretelle de soutif tombant de l epaule! Craneuse!!!! A très vite pour de nouvelles aventures!

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